Je suis un abonné de l’échec. Mes victoires,
je les trouve dans ce que j’entreprends,
non dans ce que j’achève.
Merci de votre intérêt
Cette page vous donnera un aperçu de mon (pour ne pas dire mes) parcours, de mes embûches, de mes réussites, de ce qui a fait qui je suis. J’en retiens bon nombre d’enseignements. Le plus important de tous est le suivant : je suis un être complexe et un éternel insatisfait.
Né en 1987 à Besançon d’un père infographiste et d’une mère artiste peintre/restauratrice de tableaux devenue institutrice, Raphael van Keulen baigne depuis tout petit dans le monde de l’art sous toutes ses formes. Très vite, il dessine. Peint. Sculpte sur l’argile. Sa créativité est débordante, son désir d’expérimenter est insatiable. Enfant timide et à part, il trouve dans la pratique artistique un moyen de canaliser son imagination, pour communiquer ce qu’il n’arrive pas à exprimer en société. Grâce aux anciennes fournitures de sa mère mises à sa disposition, il tombe bien vite amoureux de la craie grasse et de l’acrylique, et prend l’habitude de travailler sur les excédents de feuilles colorées que son père ramène de son travail. Il développe également une vive fascination pour les masques et les marionnettes.
A partir de 1998, il rejoint la classe privée de l’artiste-peintre Benoît Delécluse aux côtés duquel il découvre les techniques au fusain, les empâtements et l’emploi de supports moins conventionnels pour l’huile (plaque de bois, support usagé, etc). Il quitte à contrecœur cet atelier en 2002 pour rejoindre l’option Arts appliqués du lycée qu’il intègre (c’est l’un des seuls de sa ville à la proposer dans son programme), car il a pour objectif d’obtenir un Baccalauréat littéraire et artistique dans le but de candidater aux Beaux-Arts d’Epinal.
Durant cette période, il aiguise ses connaissances en Histoire de l’Art et s’intéresse aux happenings. C’est également là qu’il tombe amoureux des grands peintres Expressionnistes et Surréalistes, et se passionne pour l’Arte Povera. L’une de ses grandes figures, Giuseppe Penone, influencera durablement sa conception de la mise en scène.
Mauvais élève, dans la lune, il embrasse le rêve de devenir dessinateur de BD à l’image de ses modèles Enki Bilal, Loisel et Kentarô Miura, ce que ses parents désapprouvent. Malgré ses difficultés générales, il révèlera de fortes aptitudes d’éloquence et d’interprétation lors d’un exercice de lecture de texte. Maryse Meutelet, professeur de français qui marquera son parcours, l’inscrit alors à son cours de Théâtre en insistant sur le fait qu’il a quelque chose à faire dans ce domaine. Cette découverte inattendue enrichit son point de vue artistique.
Il apprécie pleinement ce qu’il découvre, tant par le texte que la mise en scène, les décors, la composition des personnages. En touchant de près à cet art, il sent qu’une multitude de choses sont possibles artistiquement et commence à envisager des liens avec les arts plastiques. Il se donne alors pour objectif de trouver comment mêler intimement l’art plastique aux codes du Théâtre.
Son professeur de français le pousse alors à s’inscrire au Conservatoire à Rayonnement Régional de Besançon pour ensuite tenter le concours des écoles supérieures. Ses parents acceptent à deux conditions : qu’il réussisse son Bac, et qu’il fréquente l’Université de Lettres. Sauvant son Baccalauréat du naufrage grâce à l’épreuve de français « Écriture d’invention » (laquelle consiste en la création d’une pièce Théâtre, il remportera d’ailleurs tous ses points manquants grâce à elle) et de bons résultats à l’épreuve d’Arts Appliqués, Raphael s’inscrit conjointement à l’Université de Lettres et au Conservatoire Régional de Besançon en 2006.
Durant son double cursus, Raphael s’attaque à différentes œuvres tout en apprenant l’histoire du Théâtre et ses influences. Il continue dans le même temps de peindre et d’affiner son style. Les œuvres dramatique qu’il découvre l’inspirent et il commence à peindre certaines scènes des pièces qu’il travaille. Cela l’aide à y voir plus clair dans les mises en scène, et il trouve une forme d’harmonie naturelle à ce que les deux arts se nourrissent mutuellement.
Mais la déception s’installe peu à peu au Conservatoire. Sa professeure ne l’apprécie pas. Il peine à vraiment progresser tant il trouve que les corps servent mal le jeu ; on lui reproche de trop vouloir faire des tableaux sur scène. Sa formation se clôture en 2009 sur la présentation d’un projet personnel. Il se saisit de cette opportunité pour créer un prototype de recherche, « N’est sens de l’être », forme abstraite à mi-chemin entre création théâtrale et performance artistique.
Il obtient son Certificat d’Études Théâtrale grâce au jury extérieur qui lui donne la majorité de ses points, et tente plusieurs concours d’entrée dans des écoles supérieures de Théâtre. Finalement, c’est la Belgique qui le retient puisqu’il est admis à la fois au Conservatoire Royal de Bruxelles et de Liège. Intéressé par les techniques de jeu d’acteur plus incarnées, il choisit d’intégrer le Conservatoire Royal de Liège.
Sa nouvelle formation débute en 2010. Les cours sont variés et les projets de mise en scène nombreux. Raphael découvre notamment que l’un de ses cours d’expression corporelle (il y en a trois au total !) enseigne le jeu masqué neutre et le jeu masqué farcesque. Poussant ses recherche dans le panorama artistique belge poura alimenter son art, il découvre les travaux de l’artiste James Ensor qui l’inspireront durablement. A compter de 2011, il peint pour certains amis et se met à dessiner ses idées de costumes et de postures pour les personnages qu’il doit interpréter.
Malheureusement, comme au CRR de Besançon, il déchante au fur et à mesure qu’il progresse dans son parcours. Cette école est plus axée sur une démarche politique que poétique, et malgré de bons résultats sa démarche ne convient pas à la norme imposée. Qui plus est, les mauvais côtés du monde du Théâtre professionnel le pèsent ; il découvre vite que les amitiés se créent et s’entretiennent dans les soirées alcoolisées. Propre à lui-même, il a du mal à accepter de s’y soumettre constamment et peine à se créer un réseau solide. Il s’efforce de convenir là où il le peut et de piocher dans les techniques exposées là où elles s’exposent.
L’un des points positifs de cette école reste ses partenariats et projets extérieurs. Il a la chance d’être sélectionné pour deux masterclasses. L’une d’elle, en 2012, se déroule en Finlande avec le dramaturge et metteur en scène japonais Toshiki Okada. Défenseur d’un Théâtre abstrait et minimaliste où les corps paraissent dépossédés tout en répondant à un solide langage artistique, sa rencontre est une révélation pour Raphael. Il trouve une grande inspiration dans la vision du maître, laquelle dépeint l’artiste comme un écran vide de cinéma sur lequel des ombres sont projetées, et s’épanouit sans retenue dans ses exercices. Toshiki Okada dira d‘ailleurs de lui qu’il est un très bon « Kūkan no chōkoku-ka » (sculpteur du vide). Fort de cette rencontre, Raphael commence alors à questionner sur scène le lien entre l’acteur et son décor, mais aussi l’état de présence/absence du corps théâtralisé. Son désir est alors de trouver concrètement un lien pur entre le jeu et la picturalité du corps en représentation.
L’année 2013 marque la fin de son cursus au Conservatoire Royal de Liège. Pour le valider, il est demandé à chaque élève de 4e année de créer et présenter une projet personnel qui peut prendre la forme souhaitée. Raphael se saisit de cette opportunité pour réaliser son tableau incarné. Il écrit une pièce portant le titre de « Aemaeth », conte narrant l’histoire d’une jeune femme créée par des dieux mourants qui l’envoient sur Terre pour s’imprégner des émotions de divers personnages qu’elle rencontre.
Tout doit être fait en une semaine et Raphael prend sa création très à cœur, travaillant seul et parfois jusque très tard. Création lumière, réalisation de structures, il agit sur l’espace offert comme s’il peignait sur une toile. Il ira même jusqu’à peindre le décor des dieux (des planètes dans le vide spatial) sur le mur du fond de la scène, ce qui ne sera pas du goût du directeur. La mise en scène – pour ne pas dire l’installation – du tableau vivant repose sur un mariage de techniques. Les scènes sont (re)présentées comme des tableaux à part entière où le corps bouge peu ou pas tout en exprimant les états et émotions sur un plateau est presque nu, avec un seul élément (par exemple un tronc d’arbre) apparaissant à chaque fois pour suggérer le lieu où se trouvent les personnages. Les acteurs revêtent des éléments de costume très colorés et un maquillage grimant. Certains d’entre eux (les dieux) portent des demi-masques et animent leur corps dans une forme de dualité de mouvements. Raphael veut que chaque interprète soit une esquisse prenant part à une globalité. Lorsque l’un de ces personnages rêve ou exprime un ressenti profond, l’une des peintures de Raphael est vidéoprojetée afin d’accentuer le mariage corps vivant / espace picturalisé.
Malgré un grand investissement et une forte générosité de la part de ses comédiens (qui sera heureusement soulignée par le corps enseignant), l’œuvre ne plaît pas au sein de l’école. Les étudiants se désintéressent du fond et ne saisissent pas la forme. Les professeurs en général critiquent l’absence de « message coup de poing » et dénoncent un propos naïf. Seuls deux d’entre eux valoriseront ce travail très à part, l’une d’eux professeure d’expression corporelle et l’autre metteuse en scène. En vérité, ceux qui apprécieront cette « installation avec le théâtre comme support » – pour citer l’une des désignations les plus à propos – sont principalement extérieurs à l’école. Aspect autrement plus positif, c’est que des lauréats de l’École Supérieure d’Arts Saint-Luc qui étaient présents dans la salle manifestent une grande appréciation à l’égard de cette création. De plus, Raphael peut compter sur la bienveillance et le soutien du vidéaste Aurélien Mélior et de l’acteur Boris Olivier, amis de longue date qui sont venus l’épauler sur le projet.
Lors des retours du jury interne, le directeur avouera que ce solo est « la chose la plus improbable qui a eu lieu dans son école ». Soulignant le fait que ce point de vue n’est ni négatif ni positif, il lnvitera son auteur à repenser son lien au théâtre et à se demander si Aemaeth ne doit pas se réinventer, en BD ou en tout autre chose qui n’est pas du théâtre. Mais Raphael est amplement satisfait de ce qu’il est parvenu à faire ; malgré plusieurs imperfections, il a passé un cap important dans sa recherche artistique.
Suite à quelques projets de pièces auxquels il prend part, il termine son parcours et obtient son diplôme professionnalisant. Il enchaîne alors avec une Agrégation de l’Enseignement Secondaire et Supérieur d’interprétation et des techniques de l’acteur pendant 2 ans, et fait ses adieux à son école en 2015 avec un second diplôme en poche. La même année, il créé avec Boris Olivier et Aurélien Mélior la compagnie du Collectif du Terrier. Le trio s’emploie ainsi à des créations mêlant savoirs-faire théâtral et vidéo.
C’est pour lui la meilleure période de sa vie dans ce domaine artistique ; actif dans l’écriture, le jeu et la scénographie, il peut rechercher et créer avec des esprits qu’il admire et apprécie. Son identité artistique n’est plus jugée ou limitée, elle se voit même complétée. Aussi amoureux de la poésie qu’intéressés par des questions d’actualité, ils axent leur discours sur les oubliés de la société et les gens de l’ombre. C’est ainsi qu’ils écrivent et interprètent la pièce « A travers la Pierre », spectacle pluridisciplinaire interrogeant la liberté d’être des gens vivant sous les grandes villes : les Mole People. Boris réalisera par après une brillante mise en scène de « Haute Surveillance » de Jean Genêt, pour laquelle Raphael créera des décors dans la veine de ses tableaux incarnés.
Malgré cet amour artistique partagé, Raphael finit par se lasser du monde des comédiens qui le déçoit de plus en plus, et se détache finalement de l’activité de comédien en 2024. Qui plus est, sa rencontre avec la sculptrice belge Catherine François lors de sa participation à l’émission « Connaissez-vous » (animée par Fabrice Grosfilley) le poussera à embrasser pleinement la peinture.
Fort de ce qu’il a appris de son père comme des besoins inhérents au milieu des comédiens, il arrondit certaines fins de mois en réalisant des CVs artistiques aux mises en pages variées. Également très admiratif du travail de son ami Aurélien, il se lance dans la photographie à partir de 2022. Expérimentant les techniques de façon autodidacte et sur base d’observations, il utilisera sa connaissance de la mise en scène théâtrale pour composer ses instantanés, réalisant parfois des books pour ses proches ou amis du milieu qu’il a quitté. Il vit actuellement sur Bruxelles avec sa femme et leurs deux enfants.







